Michel Jonin, De la pureté de foi vers la pureté de sang. Les ambiguïtés orthodoxes d’un plaidoyer proconverso

Deux discours contradictoires sont examinés ici qui traitent de l’hérédité comme critère d’exclusion des nouveaux chrétiens dans la Castille du XVe siècle. Deux discours que l’on a opposés sans doute de manière trop catégorique. La Sentencia-Estatuto de Tolède (1449), promulguée contre les conversos, témoigne ainsi de l’émergence d’un mode de discrimination sociale proto-raciste. Ancêtre des statuts de limpieza de sangre des XVIe et XVIIe siècles, ce texte est brièvement mis en perspective afin d’en souligner le caractère encore très pragmatique. Le mythe du sang pur en est absent. Le Defensorium Unitatis Christianae du converti Alonso de Cartagena, plaidoyer pour l’assimilation des conversos, condamne radicalement les présupposés de la Sentencia-Estatuto au nom de l’universalisme chrétien. Mais cette logique d’ouverture renferme une contrepartie négative: l’exclusion de l’impureté spirituelle. Discours de rejet absolu propice à la catégorisation de l’autre et au développement corollaire de métaphores de la transmission de l’impureté contaminante. La crispation sur sa singularité communautaire conçue comme pure qui caractérise le discours chrétien de la fin du Moyen Âge espagnol est sans doute responsable de l’émergence d’un réflexe de méfiance généralisé envers l’autre, plus ou moins identifié alors comme naturellement différent.