Charles de Miramon, Aux origines de la noblesse et des princes du sang. France et Angleterre au XIVe siècle

La noblesse du sang semble immémoriale. Dans la Rome antique, en effet, le sang héréditaire a une forte valeur sociale et métaphorique. Cependant, dans l’Occident chrétien, les usages du sang héréditaire vont s’étioler. Ce n’est qu’au XIVe siècle que renaît cette tradition avec un arrière-plan différent de celui antique. Le sang est désormais lié à une qualification morale, on parle de bon et mauvais sang, et à une valeur politique, le sang ne ment pas.

Cet article étudie l’émergence de ce nouveau sang héréditaire à travers la chanson de geste Baudoin de Sebourc, les pratiques des cours capétiennes et plantagenêts et le droit des successions royales. C’est dans les années 1320 que le nouveau sang héréditaire apparaît. Les Valois imaginent le groupe des princes de sang dans les années 1355. Cette place particulière du sang dans la maison royale française s’explique par les conflits dynastiques de la guerre de Cent ans et l’émergence de la loi salique. L’Angleterre n’est pas imperméable au sang héréditaire et l’étude d’Édouard III et de ses successeurs montre l’influence du modèle français outre-Manche. Les juristes seront beaucoup plus sceptiques avec un concept qui rentrait mal dans les catégories du droit savant. Il faut attendre Balde pour voir apparaître une théorie juridique du droit du sang dont la postérité sera éclatante. Le sang héréditaire n’est, du reste, pas réservé aux élites royales et nobiliaires. Très tôt, comme le montrent les sources judiciaires ou les statuts de collège, il est utilisé par les roturiers et les clercs. Le sang est ainsi le vecteur d’une nouvelle conception de l’hérédité à la fin du Moyen Âge.