Franck Roumy, La naissance de la notion canonique de consanguinitas et sa réception dans le droit civil

En droit romano-canonique médiéval, le mot hereditas conserve le sens purement patrimonial de succession, sans lien avec l’idée moderne d’hérédité naturelle. Celle-ci se rencontre en revanche dans le concept de consanguinitas, qui ne désignait en droit romain que le droit de succession entre proches collatéraux unis par l’agnation, mais en vient, à partir du VIIIe siècle, à recouvrir en droit canonique la parenté « par le sang » interdisant le mariage. Contracté, disent à partir du XIIe siècle les canonistes, « par prolongation de la chair », la consanguinité fonde une lignée reposant désormais sur une communauté de sang qui trouve son origine dans l’unitas carnis du mariage chrétien. Ce nouveau sens du terme consanguinitas est emprunté aux canonistes par les civilistes, dès la seconde moitié du XIIe siècle, et cohabite ainsi chez les juristes jusqu’à la fin du Moyen Âge avec l’ancienne acception romaine.