Maaike van der Lugt, Les maladies héréditaires dans la pensée scolastique (XIIe-XVIe siècles)

Cet article montre que, contrairement à ce qui est souvent supposé ou soutenu, le concept de maladies héréditaires est une création médiévale. Certes, la médecine antique reconnaît déjà les affections qui sont transmises des parents aux enfants et propose parfois des explications physiologiques, mais elle ne dispose pas d’une terminologie technique, permettant de les distinguer des maladies congénitales. L’assimilation de traités médicaux arabes dans les années 1230 et 1240 est cruciale pour le développement de cette terminologie en Occident. Mais les auteurs occidentaux vont bien au-delà de leurs sources, en utilisant des analogies juridiques de transmission, en définissant le type de maladies concernées (les maladies chroniques) et en proposant différents modèles causaux. Les discussions médiévales les plus fouillées, qui distinguent explicitement entre le congénital et l’héréditaire, datent des années 1320. Néanmoins, la place des des maladies héréditaires au sein des sciences de la vie médiévales reste relativement discrète. Le concept central est non pas l’hérédité, mais la génération. De plus, même si dans les discours médicaux et philosophiques, les maladies héréditaires acquièrent parfois une dimension eugéniste, l’Église ne les prend pas en compte, ni comme justification des lois de consanguinité, ni comme empêchement du mariage ou cause de divorce. Enfin, malgré certaines ressemblances et sources communes d’inspiration, il existe peu de connexions ou influences entre les maladies héréditaires et la doctrine du péché originel. À cause de son universalité et la nécessité de sa transmission, le dernier renforce plutôt que sape l’unité de l’humanité.